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Le Lycée Margueritte: Histoire en miettes...

LES ORIGINES DU LYCEE : né dans les locaux du grand séminaire

Des débuts insolites

A la rentrée de septembre 1907, Mademoiselle Stolz, directrice de l’école primaire supérieure de jeunes filles créée en 1904 rue Gérard-Rue (qui jouxte le lycée actuel en reliant la place Commandant Galland à la rue Saint-Sauveur), ouvre un établissement secondaire laïque dans les locaux du Grand Séminaire – disponible depuis son évacuation en 1905 – place de la cathédrale. Ainsi naquit, dans un climat de luttes politiques et de tensions sociales consécutives à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat du 9 décembre 1905, le collège de jeunes filles de Verdun qui prendra le statut de lycée en 1957.

ruesaintsauveur
Comme il s’agissait de donner un nom à ce nouvel établissement, Monsieur Albert Noël, conseiller général de Fresnes en Woëvre et membre de la société civile de ce collège, proposa de l’appeler : COLLEGE MARGUERITTE après avoir demandé l’autorisation aux deux fils du général, Paul et Victor, qui répondirent : « …Et c’est avec une reconnaissance enorgueillie que nous applaudissons à votre désir de donner au collège de Verdun le nom de notre père. Merci des flatteuses paroles que vous avez bien voulu ajouter pour les fils … ».

Ayant hérité de leur père une véritable horreur de la guerre, habités par le pacifisme, les fils MARGUERITTE on écrit ensemble une tétralogie sur le drame de 1870-1871 intitulée : « une Epoque ». Mais c’est surtout Victor qui s’est singularisé en publiant « la Garçonne », roman qui fit scandale à l’époque par sa tonalité érotique ( ?) et qui participera d’une certaine manière à un début de combat pour l’émancipation de la femme …

Plusieurs raisons ont sans doute motivé le choix du nom de cet établissement. D’une part, ce général appartenait à la Meuse par sa naissance et par sa famille nombreuse, était un cultivateur fort modeste de MANHEULLES, qui s’engagea dans l’armée puis dans la gendarmerie avant d’être envoyé en 1831 en Algérie où il emmena toute sa famille. Jean-Auguste avait alors huit ans. D’autre part, ce Meusien illustre était « tombé au champ d’honneur » pendant la guerre de 1870 à Floing près de Sedan. Ainsi s’explique le choix de cet « enfant de la Meuse » mort pour sa patrie. Il s’agit en réalité, dans un contexte où la force du sentiment national s’impose au plus grand nombre, d’une forme de juste reconnaissance. L’idée que la vie de ce général a également une valeur d’exemplarité pour la jeunesse peut également être retenue. En effet, de simple soldat, il s’est élevé par son mérite et sa bravoure aux plus hauts grades de l’armée : il devint général à 47 ans réalisant ainsi une formidable ascension sociale.

A Verdun, la statue du général MARGUERITTE se dresse au milieu de celles des maréchaux d’empire à l’entrée ouest de la ville.


Deux sites

Ce lycée polyvalent régional est divisé en deux unités géographiquement séparées dans la ville de Verdun mais administrativement réunies. C’est pourquoi, s’il est identifié dans sa totalité par l’appellation : LYCEE MARGUERITTE, il peut être désigné aussi – et surtout par ceux qui y travaillent – par deux autres noms : LE GROUPE GALLAND (secteurs classiques, modernes et tertiaires) et le GROUPE VAUBAN (secteurs techniques, professionnels et industriels).

C’est à la rentrée de septembre 1992 que le lycée prend sa configuration actuelle avec une nouvelle et importante extension qui restructure géographiquement tous ses services. Une plaque à l’entrée de la cour rappelle la date de l’inauguration (1992) et les personnalités présentes.

Le Groupe Galland

Jusque là l’entrée du lycée était située dans la rue Saint Sauveur sur laquelle d’ailleurs donnaient tous les services administratifs. C’est pourquoi l’on appelait cette partie du lycée : le Groupe Saint Sauveur. Mais depuis 1992, on entre au lycée par la place GALLAND. Ce changement est à l’origine de l’appellation actuelle : GROUPE GALLAND.
galerie

La place COMMANDANT GALLAND est l’une des plus anciennes de la ville basse. Appelée autrefois « la place du Marché » ou le « Marché », elle prit son nom actuel en 1925 par décision du conseil municipal.

Né à Verdun le 15 Octobre 1867, le commandant GALLAND meurt sur le champ de bataille le 16 avril 1917.

Le Groupe Vauban

Construite en 1963 sur une ancienne décharge, à proximité de la place VAUBAN, et inaugurée par le président de la République Georges POMPIDOU, cette « cité technique » - ce fut son appellation d’origine – fut en 1965 annexée au lycée MARGUERITTE, jusque là, elle dépendait du collège Buvignier. Elle comprenait des sections techniques conduisant au baccalauréat et un C.E.T. (collège d’enseignement technique) préparant aux C.A.P. En 1977, le C.E.T. fut détaché du lycée et transformé, le 1er janvier 1978, en lycée professionnel autonome sans véritable nom pour l’identifier. C’est pourquoi Monsieur Leseur, ancien responsable du C.E.T. et promu proviseur de ce nouveau lycée, décida de lui donner le nom de VAUBAN, proposition qu’avalisa aussitôt la commission académique. Mais un nouvel arrêté ministériel de 1989 supprima l’autonomie de cet établissement qui fut de nouveau intégré au lycée Margueritte avec toutes les sections de CAP et surtout de BEP, à l’exception de la mécanique automobile transférée au lycée professionnel Freyssinet .

En choisissant le nom de VAUBAN, Monsieur LESEUR a tenu à inscrire dans la mémoire collective, ce grand homme dont l’œuvre est devenue une partie de l’histoire de France et de celle de Verdun.


LE « LYCEE » D’APRES GUERRE (années 50) : L’IMAGE D’UNE « CASERNE » PARTICULIERE ?

Un vrai gynécée !

A cette époque, il occupe les locaux conventuels de l’ancienne Congrégation Notre Dame donnant sur la rue Saint-Sauveur avec deux petites ailes (emplacement actuel du réfectoire et des salles de réunion) et l’essentiel du cloître du XVIIIe appelé aujourd’hui « galerie ». le dortoir et les salles de classe de l’enseignement secondaire occupent le 1er étage, au rez-de-chaussée sont situées la salle de gymnastique (actuel foyer des élèves) et les classes primaires (actuel CDI). Le passage couvert intérieur sert de garage à bicyclettes ! De la « galerie », la cour, déjà ombragée par les tilleuls, s’étend libre de toutes constructions jusque la place Galland.

Les lieux sont hantés uniquement par des silhouettes féminines. Directrice, intendante, professeurs, concierge, surveillantes, une quarantaine de femmes au total dirigent et encadrent 357 jeunes filles : 189 externes, 168 internes.

Un véritable temple de travail …

Alignées par classe deux par deux devant la « galerie », les filles, petites et grandes, réduites au silence, attendent le signal de la montée en cours. Devant la salle de classe, toujours en rang, les jeunes filles reçoivent l’ordre d’entrer puis celui de s’asseoir. Le travail commence alors dans le calme le plus absolu : cours magistral du professeur, utilisation de livres rébarbatifs à côté desquels les manuels actuels font figure de trésors de bibliothèques !, prédominance de l’écrit … Les cours se succèdent sans heures creuses dans l’emploi du temps ; ainsi les heures de permanence sont rares pour les externes qui peuvent rentrer chez eux la plupart du temps à partir de 16h, au plus tard à 17h et consacrer l’essentiel de leur temps libre au travail scolaire personnel, les activités extra-scolaires étant réduites et la télévision absente ! Les externes et les demi-pensionnaires habitent presque tous Verdun et se rendent au collège à pied ou à bicyclette : les ramassages scolaires n’existent pas !

Aucun règlement écrit mais la discipline va de soi ;l’autorité de l’administration et des professeurs n’est contestée ni par les élèves ni par les parents. Le port de la blouse est obligatoire ; le modèle et les couleurs roses et bleues ne sont pas encore imposés ! Les sanctions, assez rares, semble-t-il, consistent pour les externes en retenus le jeudi, seul après-midi libre de la semaine qui inclut alors toute la journée du samedi.

coursgalland
Les compositions sont trimestrielles mais, chaque mois, le carnet de notes, tenu par l’administration, est signé par les parents. Ces derniers peuvent éventuellement prendre contact avec les professeurs mais les réunions de parents n’existent pas. Du reste, toutes les décisions d’orientation, d’examen de passage, de redoublement relèvent strictement de l’autorité du Conseil des professeurs alors tout-puissant !

Les élèves de 3ème vont passer le BEPC à Bar-le-Duc, et sont orientés en seconde classique ou moderne. La classe de 1ère est sanctionnée par la 1ère partie du baccalauréat que l’on passe à Nancy. Seules les filles de terminale Philo/Lettres restent au collège ; celles qui ont opté pour Sciences Ex. et Math. Elém. vont préparer la 2ème partie du baccalauréat avec les garçons du collège Buvignier. Les échecs sont rares : taux de réussite de 94% !

Travailler et réussir, dans ce monde fermé que représente le collège, est la préoccupation essentielle de ces jeunes filles. La distribution solennelle des prix récompense les meilleures élèves la veille des grandes vacances, à la mi-juillet devant toutes leurs camarades, leurs parents et en présence des notabilités locales ; elle est à cet égard révélatrice de l’atmosphère de l’époque. La « Marseillaise », jouée par la Philharmonique, ouvre la cérémonie. Les devoirs du collégien : « travail et discipline » sont rappelés.

Les récréations, discussions et jeux de ballon surtout, la fête annuelle du collège en mai où chaque classe de la 12ème à la terminale présente un spectacle : danse, chant, théâtre … constituent les seuls moments de détente d’une année scolaire centrée sur le travail.

L’internat : une liberté confisquée ?

Le réfectoire occupe l’emplacement de l’actuel restaurant scolaire avec des tables de 8 couverts, un casier à serviettes, de l’eau comme unique boisson et un chef de table distribuant la nourriture –apporté par un chariot- à ses 7 autres camarades. « Nous étions obligés de terminer des assiettes et de vider les plats. Il fallait parler à voix basse. La surveillante, dont le bureau était voisin, faisait irruption dès que les voix montaient. Elle nous mettait au silence complet et supprimait la distribution du courrier si elle n’obtenait pas satisfaction. Les lettres que nous recevions devaient être contresignées sinon elles étaient ouvertes ».

Le dortoir comprend des cabines séparées par des cloisons, fermées par des rideaux, équipées d’un lavabo et occupées par 2 internes. Après l’étude de 21 heures, la surveillante d’internat y conduit les jeunes filles. Ici la vie est soumise à un véritable cérémonial. Rituel des chaussures d’abord : « Nous nous arrêtions à la cordonnerie où nous devions nous mettre en pantoufles et cirer nos chaussures pour le lendemain, chacune possédant sa « boite à chaussures ». Quand toutes les élèves avaient terminé, alors seulement nous avions accès au dortoir ». Rituel de la toilette ensuite : « Nous faisions notre toilette dans un lavabo, avec eau froide été comme hiver. La douche n’était pas obligatoire. Le mercredi soir, la surveillante générale passait dans les études pour inscrire le nom des élèves allant aux douches le jeudi matin. Une fois par semaine, nous avions le droit de faire une grande toilette ». Le rituel de l’endormissement enfin : « A 21h30, la surveillante éteignait les lumières et exigeait le silence absolu. Impossible de réviser dans son lit la leçon du lendemain. En été, je me souviens que nous nous réveillons mutuellement pour travailler. En hiver, c’est à la lampe électrique qu’il fallait réviser mais sans se faire prendre ! » Le matin l’étiquette se poursuit : « Nous devions démonter entièrement nos lits, draps et couvertures, les placer sur une chaise dans l’allée et, après vérification par la surveillante, les refaire aussitôt » A l’évidence, ces élèves sont placées constamment dans le champ de vision de la surveillante qui ne leur fait aucune confiance !

foyer
Les promenades du jeudi et du dimanche de 14h à 18h environ sont très attendues : « Jusqu’en classe de Philo, Sciences Ex., Math. Elém., les internes allaient en promenade trois par trois en silence et encadrées par une surveillante. Les endroits étaient toujours les mêmes, la campagne environnante vers le Robinson (Clair de Lune), le Dieu du Trice, l’Etang Bleu, ces lieux n’étant pas encore construits. Nous n’avions aucune relation avec les garçons du collège Buvignier, ni le droit de nous arrêter pour bavarder avec eux. Un bal costumé devait avoir lieu pour Carnaval. Des garçons, ayant eu vent de ce projet, décidèrent d’y participer en venant déguisés en filles avec les externes. Mais certains professeurs bien informés avisèrent la Directrice. Le bal costumé eut lieu mais sans costumes ! ».

Les internes habitent parfois très près de Verdun : Billemont, Dieue, Sommedieue… ; il est vrai qu’à cette époque les transports sont limités : pas de bus, pas de ramassage scolaire. Les retours à la maison ont lieu tous les 15 jours du samedi soir au dimanche soir 18h30, juste de quoi reprendre une petite respiration et à peine le temps de se consacrer aux loisirs qui se limitent alors à la lecture, au jardinage, aux promenades en famille… « Mais une note inférieure à 8/20 à l’oral, entraînait une suppression de sortie en week-end. Nous trouvions ce régime très sévère par rapport aux externes qui, elles n’étaient pas sanctionnées ».


L’EPS : le système débrouille !

1950 – 1965 : les moyens du bord !

Jusqu’en 1965, le collège Margueritte, devenu lycée en 1957, regroupait exclusivement des filles de la 6° à la terminale à l’exception de la classe mixte de philo. Janine Blanchet se souvient : « L’enseignement d’éducation physique (E.P.) était soumis aux instructions officielles de 1945 prescrivant de redonner force et vigueur à une jeunesse éprouvée et de développer une gymnastique corrective au cours de deux séquences d’une heures par semaine et d’une demi-journée de plein air consacrée aux gestes naturels (méthode Hébert) et à l’initiation sportive ». Les conditions de travail étaient extrêmement difficiles et il fallait se débrouiller avec les moyens du bord comme le rappelle J. Blanchet : « Les cours avaient lieu dans le foyer avec, pour vestiaire, les bancs tout autour de la salle et pour matériel : deux poutres carrées, des barres coulissantes - ancêtres des barres asymétriques – des tapis de sol en coco.

En rang par deux !

Le programme consistait en exercices au sol et aux agrès, qui évoluèrent vers des mini enchaînements, et accessoirement de la danse lorsqu’il fallait préparer les lendits de fin d’année (fête des écoles laïques) sur le terrain d’honneur du Parc de Londres ou les intermèdes (danses russes, mexicaines…) des pièces jouées au théâtre. La galerie était utilisée pour la course, la petite cour, juste devant, servait de plateau d’évolution (travail en vagues et retour sur le coté). Dans la grande cour (un tiers de la surface actuelle), était aménagé en terrain de basket. Le « plein air » se déroulait au Parc de Londres dont les tribunes jouaient le rôle de vestiaires. Du lycée (sortie rue Saint Sauveur) au stade, les professeurs organisaient les déplacements en rang et par deux, répartissaient le matériel et accompagnaient leurs élèves ; un temps forts pour des contacts personnalisés souvent très enrichissants.

Voir le fond …

Suprême luxe, pour quelques classes, selon les hasards de l’emploi du temps, la piscine de l’Hôtel des Sociétés, réservée prioritairement aux écoles primaires. Beaucoup de jeunes ont appris à nager dans ce petit bassin très convivial, long de 18m, large de 7m et profond de 0.5 à 1.8m. Si l’eau était bien chaude, et très chlorée – à vous couper le souffle ! – elle n’était pas encore filtrée. Vidangée une seule fois tous les 15 jours, il était inutile de chercher, en deuxième semaine, à voir le fond de ce bassin !

L’indigence des installations et les exigences de l’époque rendaient fort peu motivant l’enseignement de l’E.P. J. Blanchet garde en mémoire « ces leçons très directives où l’on n’entendait que la voix du professeur avec l’utilisation exceptionnelle du sifflet, peu de jeux (passe à 10, balle au camp …) peu de cris » Il ne fallait surtout pas déranger les élèves travaillant dans les salles donnant sur la cour. Madame la directrice et Madame le censeur y veillaient ! Ainsi, il est aisé de comprendre les pétitions, les campagnes de presse menées par ces enseignements d’E.P., relativement soudés, désireux de voir évoluer leurs conditions de travail.



Ainsi à l’époque où les grands-mères des élèves actuels étaient elles-mêmes des lycéennes, la jeunesse était disciplinée, soumise, centrée fondamentalement sur l’école, peu sollicitée par ailleurs et sans véritable conscience politique ; les personnels de direction et les professeurs paraissaient des personnages tout-puissants, aux décisions sans appel toujours acceptées par les parents à l’influence faible voir nulle sur l’institution scolaire ; l’école semblait repliée sur elle-même : aucune sortie, aucun échange linguistique. Discipline et sévérité, des mots qui résonnent comme des leitmotive dans le souvenir de ceux qui ont fréquenté l’établissement non seulement dans l’immédiat après-guerre mais aussi beaucoup plus tard jusque dans les années 70.

MAI 68 : UN TOURNANT DANS LA VIE DU LYCEE ?

Ils ont fait Mai 68!

Les enseignants et les agents du lycée Margueritte (Groupe Saint Sauveur et Cité technique)décident de s’associer tardivement, le 22 mai, au mouvement général de grève et de ne plus assurer cours, surveillances et repas. Les parents sont invités à ne plus envoyer leurs enfants en classe. Alors que la plupart des syndicats vivent dans l’attente des résultats des négociations de Grenelle entamées le 25 mai, les enseignants, eux, durcissent leur position et renforcent les piquets de grève. Une conférence – débat, organisée le 28 mai à l’Hôtel des Sociétés à l’intention des parents, des élèves et des enseignants des premier et second degrés, fait salle comble. Il s’agit d’expliciter les raisons de la grève
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aux mille cinq cents personnes présentes et de rassurer. De nombreuses assemblées générales attirant chaque fois entre quatre-vingts et cent vingt personnes : professeurs, surveillants, élèves du lycée, du collège Buvignier et du CET Bévaux et parents se déroulent soit au Groupe Saint Sauveur, soit à la Cité technique. Le 4 juin, à l’initiative d’un groupe de lycéens de Margueritte, rejoints par quelques professeurs et par d’anciens élèves, des parents et des enseignants sont conviés à une réunion au lycée pour écouter les résultats des travaux émanant des trois commissions. On critique l’orientation scolaire, on discute sur les programmes et on souhaite un enseignement plus vivant, plus ouvert sur l’actualité, individualisé ; on s’exprime sur la vie intérieure du lycée que pourrait résumer la formule « retenir l’externe, libérer l’interne ». C’est ce jour-là que débutent les négociations à l’Education nationale. Il faut attendre le 10 juin pour que la situation devienne quasi normale dans les établissements scolaires. Seuls quelques grévistes radicaux – mais très minoritaires – poursuivent la lutte. La journée du 12 juin marquée par une reprise généralisée des cours est consacrée à des explications entre professeurs et élèves. Si durant ces quelques semaines le lycée semblait fermé, il resta néanmoins ouvert aux assemblées générales, aux commissions qui se mettaient en place et dans lesquelles se retrouvaient professeurs, élèves et parfois parents d’élèves pour établir l’inventaire de tout ce qui devait changer, faire des propositions… comme en 1789 lors de la rédaction des cahiers de doléances !

Et après ?

A la rentrée scolaire du 23 septembre 1968, 1600 élèves rejoignent le lycée : 950 au groupe Saint-Sauveur et plus de 600 à la Cité technique.

D’incontestables changements interviennent. La disposition en U des tables se multiplie dans les salles de classe pour favoriser la parole entre élèves et rendre plus aisé le travail de groupe… La docimologie est un sujet de préoccupation : désormais, les notes sont remplacées par des lettres (A-B-C-D-E) et les élèves sont classés par niveau. Une importance accrue est donnée aux exercices –écrits ou oraux- de contrôle permanent au détriment des compositions. La distribution des prix revêt un caractère moins solennel. L’autodiscipline se généralise dans les études. L’autorisation de fumer, jusque là accordée aux garçons internes et demi-pensionnaires, touche aussi les externes. La barbe et les cheveux longs sont tolérés mais dans les sections techniques avec un travail en atelier, ils peuvent être à l’origine de problèmes de l’hygiène et de sécurité ; dans ce cas, l’intéressé doit se soumettre à la décision collective de ses camarades et du professeur. Les sorties libres du jeudi après-midi, existant pour les garçons de Terminale et de Première, sont étendues aux filles de Terminale et revendiquées par les filles de Première. Les parents, les élèves, des personnalités sont représentés aux conseils de classe dans un souci de dialogue et d’ouverture de l’école sur le monde extérieur ; cette nouvelle structure a inspiré la création, en 1976, des conseils de classe dans leur forme actuelle. Le foyer socio-éducatif s’enrichit d’un grand nombre de clubs et finit par en compter une trentaine : langue, sports, activités manuelles (marionnettes, photo, reliure), chorale, danse, philatélie, cuisine, théâtre… L’information tient désormais une grande place avec « Radio Margot » donnant des infos sur les grands problèmes du moment, trois fois par semaines au réfectoire entre le 12 et 13 heures et diffusant de la musique de Jimmy Hendrix. « Le Bulletin de liaison et d’information du potache » (BLIP), feuille bimensuelle, renseigne sur la vie intérieure du lycée et le foyer. Le « potache », magazine illustré, présente des expositions… Le ciné club autorise la participation aux rencontres cinématographique en ville… Bref, à l’évidence, c’est la fin de l’enfermement et le brisement de bon nombre de barrières, de carcans !

Toutefois, il semble qu’il y ait eu aussi la volonté de ne pas modifier trop brutalement le système jusque là en vigueur, d’où le maintien de quelques principes, de contraintes que certains ne manquaient pas de critiquer. Les compositions diminuent certes mais subsistent. Le Conseil d’administration juge que l’apprentissage de la liberté ne peut se faire du jour au lendemain et que les risques sont plus grands pour les filles que pour les garçons, d’où l’obligation de sorties encadrées par les surveillants, le jeudi après-midi, pour les filles de Première et les garçons et les filles de Seconde. Le port de la blouse reste obligatoire ; il ne deviendra facultatif qu’en 1973 ! Les filles doivent renoncer au maquillage, aux talons aiguilles et aux pantalons ! Pour les internes, les contrôles dans les douches et à la cordonnerie avant la montée au dortoir, demeurent très stricts… Pour les lycéens et lycéennes de « Margot », Mai 68 n’est pas synonyme due« fais ce que voudras !


L’IMAGE DU LYCEE : L’OBSESSION DES PROVISEURS !

Une réputation liée aux résultats aux examens

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Les anciens élèves, les anciens professeurs paraissent attachés au souvenir de leur passage dans cet établissement devenu le plus important de Meuse et dont la réputation tenait essentiellement aux résultats scolaires, à la discipline, à l’ambiance de travail. C’est le cas également des sept proviseurs (Mlle Spiegel, M. Gauthier, Contau, Normand, Maire, Degritot, Pasolini) qui se sont succédé depuis 1948 à la tête du lycée et qui n’ont cessé de renforcer son image pourtant déjà bien établie au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Mademoiselle Spiegel a su en faire un « établissement moderne et attractif » M. Degritot organisa en 1983 une réunion importante de toutes les autorités locale et départementale pour honorer la mémoire de celui qui a donné son nom à cet établissement désigné jusqu’ici le plus couramment par : « Margot » et plus officiellement par : lycée Margueritte. Il devint à cette occasion le lycée JEAN AUGUSTE MARGUERITTE.

Une ouverture au monde…

Avec M. Pasolini, à la faveur de la mise en place de la régionalisation, le rayonnement du lycée changea d’échelle. Alors que les taux de réussite aux examens continuaient à être excellents, le lycée s’ouvrit véritablement sur l’extérieur : jumelages avec l’étranger (Karlsruhe en 1985, Angleterre, Géorgie…), développement des voyages, nombreuses relations avec les entreprises (premier protocole d’accord signé avec l’entreprise « high tech » Réalmeca en 1985). Le proviseur doit désormais porter l’accent sur des relations extérieures. Il devient une sorte de « chef d’entreprise » soucieux d’améliorer en permanence l’image du lycée et de le faire mieux connaître non seulement aux parents d’élèves mais aussi à toute la population locale, au monde économique, aux autorités des collectivités territoriales.

Commence alors des 1994, un partenariat exemplaire avec le Centre mondial de la Paix qui s’amplifia par la suite et s’élargit au Mémorial de Verdun : les classes internationales de paix et les classes Genevoix en sont aujourd’hui l’illustration patente ; elles constituent de véritables paradigmes.

Gérard DOMANGE



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